Thursday, December 18, 2014

Exposition : Dessins du studio Ghibli


          Dessins du studio Ghibli, les secrets du Layout pour comprendre l’animation de Takahata & Miyazaki est la troisième exposition d’Art Ludique, musée qui met à l’honneur les artistes illustratifs narratifs. Du 4 octobre 2014 au 1er mars 2015, le musée dévoile sur 1200m2 d’exposition plus de 1300 dessins préparatoires originaux du célèbre studio japonais. En moins de trente ans, le studio Ghibli avec Isao Takahata et Hayao Miayzaki à sa tête, a su conquérir un public sans âge et sans frontière par sa poésie, son élégance et ses mystères. Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro, Mon voison Totoro, autant de chefs d’œuvres qui ont fait la renommé du studio en France. Ces trois films et bien d’autres dévoilent leurs Layouts — ces fameux dessins préparatoires — pour la première fois aux yeux du public français. 

          L’exposition s’ouvre sur une présentation très technique, voir scientifique, de la construction, de l’utilité et des termes associés aux Layouts. Une entrée en matière plus formelle que prévue et qui, finalement, annonce le ton général de l’exposition. Les définitions se font complexes et le placement des œuvres et des textes se fait à hauteur d’un adulte. On comprend alors que l’exposition, tous comme les films du studio Ghibli, ne sont pas forcément destinés aux enfants mais bien à un public plus âgé et mature.


          Les dessins sont tous emprunts de la poésie caractéristique du studio Ghibli. On y remarque des détails qui n’étaient que peu visible une fois animés ou bien encore ces personnages et objets dont le physique et les caractéristiques ont été changés en cours de réalisation. Les Layouts sont presque émouvants, sensibles, on peut y voir les pensées des illustrateurs et réalisateurs, par les traits de crayon et par les annotations. Malgré ça, les salles se succèdent mais surtout se ressemblent, à part les différentes couleurs de murs et les brefs cartels, peu de choses indiquent à un non-initié que l’on passe d’un film à un autre. Toute la délicatesse de Hayao Miyazaki et de ses collaborateurs ne suffit pas à faire oublier la monotonie du parcours muséographique. 

          Les Layouts sont considérés pour la plupart comme des œuvres à part entière, chacune parfaitement encadrée, placée avec réflexion sur les murs, les unes à côté des autres. Il est dur, dans n’importe quelle exposition, d’avoir la même attention voir le même intérêt pour chaque œuvre présente. Mais alors comment faire lorsque l’exposition vous propose plus de 1000 dessins originaux qui ont, à peu d’exception près, tous le même format, le même médium, la même technique et la même présentation ? Les conservateurs et régisseurs ont peut-être voulu montrer l’importance de l’ensemble du travail du studio Ghibli, mais en plaçant la totalité de ces œuvres sur un pied d’égalité, plus rien n’a d’importance.


        Quelques vidéos d’animations et trois interviews viennent briser la monotonie de l’exposition en apportant une dimension réflexive à la création des Layouts et l’historique du studio Ghibli. L’une des interviews de Hayao Miyazaki amène notamment à se questionner sur la nécessité de la justesse du dessin dans le film d’animation. Ce dernier explique alors que la grande majorité de ses dessins ne sont pas correctement proportionnés, ni entre eux ni par rapport aux règles de perspective fondamentales. Hayao Miyazaki fait varier proportions, les accents, les tailles d’un plan à l’autre car ce qui compte en animation ce n’est pas la justesse du dessin, mais ce que l’œil va voir et ce que la personne va ressentir une fois la totalité du travail terminé. La sensibilité ne passe pas par la fausseté dessin statique mais par la juste accumulation animée de ces dessins. Ironiquement, Dessins du studio Ghibli, les secrets du Layout pour comprendre l’animation de Takahata & Miyazaki n’applique que peu les propos d’Hayao Miyazaki. 

          Le titre de l’exposition ne nous a pas menti sur un point, il s’agit bien des « secrets du Layout » et uniquement de cela. On aurait espérer en voir plus, en découvrir plus, mais l’exposition s’adresse finalement et presque uniquement à un public déjà connaisseur et admirateur du travail du studio Ghibli. Peut-on toutefois estimer que ces « secrets du Layout » sont suffisant pour comprendre l’animation de Takahata et Miyazaki ? Car ces deux personnes ne sont pas uniquement des producteurs, réalisateurs et dessinateurs, ce sont des hommes engagés politiquement, socialement et artistiquement comme l’ont prouvé de nombreuses fois leurs films et leurs actions. Les films Ghibli ne sont pas uniquement des images, ce sont également des couleurs, des musiques, des scénarios, des propos à la fois engagés et qui engagent la réflexion. Tous ces éléments qui font également le succès des film Ghibli sont alors laissés de côté pour mettre en avant une folie des grandeurs : l’exclusivité de pouvoir présenter plus de 1000 dessins originaux, habituellement précieusement gardés dans les archives du studio Ghibli.


          La muséographie aurait pu être plus aventureuse et osée, en particulier pour un musée aussi jeune et qui se veut aussi dynamique qu’Art Ludique. Le musée se veut le « premier […] au monde dédié à l’art contemporain issu de l’ « Entertainment ». Abolissant les frontières entre bande dessinée, manga, jeu vidéo, cinéma live action ou film d’animation […] » . Art Ludique a la chance de s’intéresser à des industries et des médiums que peu de musées ont pu jusqu’alors mettre en lumière. Les frontières se devraient d’être abolies non seulement dans le fond mais également la forme de l’exposition.

          Toutefois, le musée n’est cette fois-ci pas le seul responsable pour le contenu de Dessins du studio Ghibli. En effet, l’exposition est itinérante et le musée des Arts Ludiques représente à l’heure actuelle — et restera sûrement — le seul arrêt occidental de cette exposition qui a déjà parcouru l’Asie. Malgré les faiblesses muséographiques et scientifiques de l’exposition, un amateur des films Ghibli, un étudiant en animation, un passionné de dessin, ne devraient en aucun cas se priver de l’unique chance d’admirer de si près la virtuosité de Takahata et Miyazaki.


Dessins de Ghibli,
Du 4 octobre 2014 au 1er mars 2015.
Art Ludique, Le Musée,
34 Quai d'Austerlitz, 75013 Paris.
Horaire d'ouverture : sur le site d'Art Ludique.
Plein tarif : 15€ ; tarif réduit : 12,50€.